Le monde bouge. Les événements d’actualité se succèdent à un rythme de plus en plus accéléré. Lorsque l’un de ces événements se produit, l’intensité dramaturgique est à son comble. Les médias du monde entier focalisent leur attention sur lui. L’Internet s’occupe d’alimenter les échanges, rumeurs, scoops... Nous avons alors le sentiment d’être témoin d’une étape importante de l’histoire du monde, d’être au coeur du mouvement. Il y a là dedans quelque chose d’exaltant. Puis, quelques jours ou quelques semaines plus tard, nous reléguons cette actualité à un passé plus ou moins lointain, et le remplaçons par une autre actualité que nous considérons alors plus spectaculaire et historique.
Il est vrai que notre esprit et notre mémoire ont du mal à suivre. Nous sommes, en quelques sortes, dépassés par des événements dont l’intensité est de plus en plus grandissante.
Souvenez-vous : Il y a à peine plus de deux ans, le monde traverse la pire crise financière de son histoire ; une crise qui aurait pu déboucher sur un effondrement de l’ordre économique mondial. Rien que cela ! Quels enseignements en a-t-on tiré ? A vrai dire aucun. La spéculation repart, les cours de bourse sont à la hausse. Au suivant !
Il y a moins d’un an, en avril 2010, une plateforme pétrolière explose dans le golfe du Mexique, provocant la pire marrée noire de l’histoire. L’exploitant de cette plateforme, la société BP, a subi dans les jours qui ont suivi un effondrement de son cours de la bourse. Aujourd’hui, l’écosystème est ravagé, mais BP se porte bien. Au suivant !
Aout 2010, terrible tremblement de Terre au Chili. L’axe de rotation est modifié. Les journées se sont légèrement raccourcies. 33 mineurs sont bloqués sous terre pendant plus de deux mois. Leurs sauvetage est suivi en direct par plus d’un milliard de téléspectateurs. Ces héros planétaires sont aujourd’hui redevenus de sombres anonymes. Au suivant !
En mai 2010, un volcan en Islande interrompt le transport aérien de tout l’occident pendant plus d’une semaine. Le monde est en alerte. Les échanges sont menacés. Qui s’en souvient aujourd’hui ? Personne. Au suivant !
Les pays arabes. Une révolution inattendue en Tunisie, puis en Egypte. Les régimes autoritaires sont mis à bas. L’occident intervient militairement en Libye. La démocratie avance. Tout va bien. Au suivant !
Japon. Le pire tremblement de terre de l’histoire récente, suivi d’un tsunami dévastateur. L’ile s’est déplacée de 2,5 mètres. Une centrale nucléaire est touchée. Le coeur de cette centrale serait en fusion. Nous avons là une opportunité inédite de nous interroger sur notre modèle énergétique. Il n’en sera rien. Au suivant !
Dominique Strauss-Kahn en prison. Au suivant ! Ben Laden tué. Au suivant ! L'affaire du "concombre espagnol". Au suivant !
Cela crève les yeux : l’accélération de l’histoire est une réalité. Tout va plus vite. L’homme, qui a inventé les médias, l’Internet, la téléphonie mobile contribue à sa façon à cette accélération. Ce mouvement est irréversible. Chercher à le ralentir est vain. La seule possibilité qui vaille, pour vivre pleinement ce changement, est d’épouser l’accélération, de l’accepter et de se laisser porter. En cela, force est de reconnaitre que la jeune génération, celle qui n’a connu le monde qu’avec l’Internet et les téléphones portables, est mieux armée que celles qui l’ont précédées. Ces jeunes, que l’on juge à tort comme incultes et sans valeurs, ont su développer, au travers du langage «texto» un esprit de synthèse inédit et une créativité débordante. Adeptes du zapping et du mouvement, ils sont parfaitement en phase avec cette accélération, qu’ils perçoivent comme une opportunité plutôt qu’une menace.
Oui, l’accélération est une opportunité. Une opportunité, précisément, pour accélérer le changement. Tout le monde n’a certes pas intérêt à ce que les choses changent : les rentiers, les spéculateurs... et aussi, d’une certaine façon, la génération du «baby-boom», celle qui tient les rênes du pouvoir depuis plusieurs décennies. Elle va pourtant devoir s’y résoudre. La roue tourne.