Comment un simple individu, sans aucun rang hiérarchique, pourrait-il prendre 50 milliards d’euros de positions dans une grande banque telle que la société Générale, sans que quiconque ne puisse s’en rendre compte ? 50 milliards d’euros, c’est davantage que la valorisation de la Société Générale elle même. Davantage encore que le déficit budgétaire de l’Etat Français. C’est aussi le prix de 25 porte avions nucléaires.
Pour la direction de la Société Générale, cette fraude porte un nom : Jérôme Kerviel, jeune trader de 32 ans. Seulement voilà, en faisant de Jérôme Kerviel le seul responsable de la plus grande fraude jamais observée dans une banque européenne, la direction de la Société Générale prend un risque. Celui d’être qualifiée d’incompétente. Du reste, ce risque est parfaitement mesuré. Pourquoi ? Parce qu’il permet d’évacuer l’autre hypothèse, qui consiste à dire que cette affaire aurait été créée pour dissimuler des pertes exceptionnelles liées à la crise des subprimes. La révélation d’une telle affaire aurait eu l’effet d’une bombe, et aurait été de nature à déstabiliser économiquement la banque. Au fond, pour ne pas paraître malhonnête, Daniel Bouton choisi d’assumer son incompétence.
Cela n’est pas sans rappeler une autre affaire récente qui a touché un autre grand acteur du capitalisme Français, EADS. En juin 2006, lorsque la crise des délits d’initiés apparaît au grand jour, Arnaud Lagardère choisi de reconnaître : « J’ai le choix entre passer pour quelqu’un de malhonnête ou d'incompétent, qui ne sait pas ce qui s’est passé dans ses usines, j’assume cette deuxième version »
Est-ce à dire que les dirigeants du CAC 40 n’ont le choix qu’entre être des ânes ou des voleurs ? Heureusement non. Mais toujours est-il que ces deux exemples jettent le trouble et nuisent à l’image du capitalisme auprès du grand public.
Ils dissimulent la réalité du tissu économique, composé de milliers d’entrepreneurs passionnés, et d’une poignée de grands capitaines d’industries. Je pense à Louis Gallois, Pierre Gadonneix, Patrick Kron, Anne Lauvergeon ou encore Martin Bouygues et Serge Dassault. En ces temps difficiles pour l’image des grandes entreprises, il était utile de leur rendre hommage.
