Le réseau social absolu existe-t-il ? Il y a peu de temps, beaucoup d’observateurs voyaient en Facebook la manifestation de ce réseau social absolu en devenir; ce réseau qui devait à terme interconnecter tous les êtres humains ; ce réseau qui avait fatalement vocation à fédérer tous les cercles amicaux, professionnels, familiaux, communautaires ; ce réseau qui devait rapprocher les consommateurs des marques. Comme l’a si bien présenté le film retraçant l’histoire de Mark Zukerberg, Facebook ambitionnait de devenir «the social network».
Mais Facebook ne sera pas ce réseau social absolu. D’abord il y a la concurrence, plus intense et plus crédible qu’il y a 1 an : Twitter et Google+ en occident, Renren ou Weibo en Chine. Mais surtout, c’est le concept même de réseau social généraliste qui est en cause. Vouloir réunir messagerie instantanée, e-mail, partage de photos et de vidéos, jeux, localisation, communautés... sur la même interface a ses limites. Tous ceux qui, dans le passé se sont aventurés à créer un espace fermé, tous ceux qui ont pensé qu’embrigader les internautes leur confèrerait une situation de monopole, tous ceux-là se sont cassés les dents. L’exemple le plus criant est celui d’AOL, fournisseur d’accès de la première heure, qui imposait à ses utilisateurs l’utilisation d’un navigateur et d’une messagerie propriétaire ! Sans oublier les portails généralistes tels que Yahoo ou Lycos qui firent la grandeur du web des années 2000, qui perdirent leur âme dans la diversification.
Google a brillamment su éviter cet écueil. Comment ? En ne s’éloignant pas de son idée originelle : une page d’accueil ultra-simplifiée qui s’articule autour de son service phare, le moteur de recherche. Ce qui ne l’a pas empêché d’intégrer de façon habile de nouvelles marques dans son périmètre : Youtube pour le partage vidéo ou Picasa pour le partage de photo.
Facebook, donc, pas plus que n’importe quel acteur dans le monde, ne parviendra à créer ce réseau social absolu. Car ce réseau social absolu existe déjà. Il porte un nom bien connu de tous : Internet.
Internet est sans doute l’un des mots les plus puissants que le vocabulaire récent ait produit. Sa définition va en effet bien plus loin que l’on pourrait l’imaginer. Son étymologie fait certes à la base référence à un univers technique : Internet est un raccourci de "Interconnection of networks", ce qui signifie en français Interconnexion des réseaux. Pourtant, nous sentons tous que l’interconnexion a largement transcendé les réseaux numériques. Certes, l’Internet continue d’être un réseau de serveurs et de bases de données. Mais n’est-il pas aussi et surtout un formidable outil d’interconnexion des réseaux humains ?
Certes, l’Internet n’a pas inventé les relations humaines : les hommes sont depuis toujours reliés entre eux par des réseaux organisés autour de traditions, coutumes, lois, principes d’éducation. Aristote ne disait-il pas, déjà trois siècles avant notre ère, que « l’homme est un animal social » ? S’il n’a pas inventé les relations humaines, l’Internet leur a probablement donné une nouvelle dimension. Dire qu’il est au service de la communication relève du truisme. L’Internet crée et entretient le lien social, notamment auprès des jeunes générations. Il renforce la transmission du savoir de manière exponentielle en donnant à chacun accès aux connaissances du monde. À l’évidence donc, la révolution numérique contient en germe un progrès sociétal majeur.
Dans cet espace de liberté, des services tels que Facebook, Twitter, Google+ ne sont que les outils d’intermédiation, au même titre que peut l’être l’e-mail. Ils participent à l’accélération qui est à l’oeuvre. Mais aucun d’entre eux, dirigés par d’aussi brillants esprits soient-ils, ne parviendra jamais à s’imposer comme un «internet dans l’internet», comme le «big brother» si redouté.
L’Internet, et c’est sa force, s’oppose aux monopoles, au statu-quo, aux conservatismes. Il pousse à l’action et à l’innovation. Voilà pourquoi il contribue, à la place qui est la sienne, à changer le monde.
