Un train avance. Un homme court à côté du train. Il court depuis tellement longtemps que lui-même ne sais plus vraiment pourquoi il court. Le paysage est dégagé, la météo est clémente, la route est droite. Le train accélère. Notre homme accélère à son tour. Il se fatigue. Tel un somnambule, il semble accompagner machinalement le train dans son parcours. Le pauvre homme s'épuise.
Tout aurait été plus simple s’il avait eu l’idée de monter dans le train lorsque celui-ci était en gare. Mais cela est maintenant impossible : le train ne s’arrêtera pas. L’ultime solution qui lui revient est de fournir un dernier effort pour tâcher de monter dans le train en marche. S’il y parvient, notre homme sera alors dans les meilleures conditions pour arriver à destination. Mieux encore, il profitera du voyage. Il contemplera ce si beau paysage qu’il ne prenait même pas le temps de regarder lorsqu’il courait à côté du train. Il laissera son esprit vagabonder. Il se plongera dans la lecture d’un livre.
Cette métaphore de l’homme et du train s’applique à chacun d’entre nous. Nous avons tous l’impression que le temps accélère, que les événements se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu. Les nouvelles technologies renforcent ce sentiment d’accélération. Dès lors, nous avons le choix. Soit nous nous mettons dans la situation de l’homme qui court, au risque de nous épuiser et de perdre notre capacité d’observation. Soit nous parvenons à monter dans le train, et alors nous vivons cette vitesse comme une chance, une opportunité pour arriver plus vite à destination.
