Vous souvenez-vous du slogan de la société Moulinex dans les années 1970 : « Moulinex libère la femme » ? Depuis, bien des choses ont changé. Qui oserait désormais associer l’épanouissement d’une femme à l’achat d’un robot ménager ?
Je reprendrais cependant bien volontiers cette formule à mon compte, en la paraphrasant toutefois. Aujourd’hui, je dirais plutôt : « l’Internet libère la femme ». L’Internet n’est en effet pas seulement un média, mais un espace de sociabilité dans lequel la femme interagit, s’exprime, échange, partage.
L’Internet place désormais la femme au cœur de l’écosystème. Avec l’Internet, la femme n’est plus spectatrice mais actrice de sa propre vie. Plus encore, la femme ne se contente plus d’être utilisatrice du média, mais elle devient elle-même un média : elle émet à son tour de l’information, alors qu’elle n’en était jusqu’à présent que le réceptacle.
Le comportement des femmes sur Internet est très révélateur, et probablement annonciateur d’un changement de civilisation. Pour les femmes, la technologie n’est pas une fin en soi, mais d’abord un outil permettant de tisser des liens, d’exercer sa créativité et de gagner du temps.
Lorsque l’on interroge les femmes sur les raisons pour lesquelles elles utilisent Internet, les deux tiers évoquent avant tout le caractère social de ce média : il leur permet de nouer et d’entretenir des liens.
La seconde raison pour laquelle les femmes utilisent Internet, c’est qu’elles ont identifié en lui un média dans lequel elles pouvaient exercer leur créativité. Les femmes ne se contentent pas de consulter Internet, elles en sont partie prenante ! Les femmes sont ainsi les plus grandes contributrices aux forums de discussion. Ce sont les plus grandes utilisatrices des réseaux sociaux et sites communautaires. Plus intéressant encore, près de la moitié des femmes de moins de trente ans tiennent un blog !
Si les femmes sont les plus actives et participatives sur la toile, elles sont également les premières consommatrices. Il faut dire que les femmes prébiscitent l’Internet pour son caractère pratique. Les « cyberacheteuses » sont d’ailleurs en plein boom. En proportion, elles sont plus nombreuses que les hommes à acheter en ligne. Les consommatrices sur Internet sont par ailleurs des consommatrices avisées. Elles considèrent l’Internet comme un précieux outil pour se procurer des informations détaillées sur des produits et services qu’elles envisagent d’acheter.
Les femmes sont donc les plus actives sur l'Internet, ses plus grandes contributrices et consommatrices. Pour autant, elles ne représentent qu'une extrême minorité de l’écosystème entrepreneurial numérique. Oui, les entreprises du secteur de l’Internet sont tenues essentiellement par des hommes ! Il y a une explication à cela : dans mon article « Vers un capitalisme féminin », j’expliquais pourquoi le capitalisme a eu besoin de se construire autour de valeurs masculines (conquête, prise de risque, court terme), et que le moment était maintenant venu de privilégier une approche plus féminine, basée sur la prise en compte du long terme, une prise de risque raisonnée, et la découverte plutôt que la conquête. Et bien il en a été absolument de même pour l’Internet. L’exploration de ce nouvel Eldorado répondait à une logique masculine de conquête et de prise de risque. L’intérêt à court-terme était privilégié, débouchant d’ailleurs, en 2000, sur la fameuse « bulle Internet ». Si le masculin était absolument nécessaire pour construire l’Internet, le féminin s’avère désormais indispensable pour l’organiser et le fédérer.
C’est la raison pour laquelle l’arrivée des femmes à la tête de projets Internet est inéluctable. Il semblerait d’ailleurs judicieux d’accompagner les femmes dans l’avènement de cette ère numérique. Plusieurs dispositifs susceptibles d’encourager l’entreprenariat féminin peuvent être envisagés. En particulier, une « aide à l’innovation féminine » pourrait être proposée, sous forme de subventions ou de prêts préférentiels. Il est à noter que la moitié des projets entrepris par les femmes nécessite moins de huit mille euros de capital de départ. Compte tenu des montants en jeu, l’obtention de ces aides ou prêts pourrait être facilitée par des procédures plus allégées, par le biais de formulaires en ligne par exemple.
Etant donné que de telles dispositions relèvent de la « discrimination positive », leur mise en place nécessite audace et pédagogie de la part des dirigeants politiques qui les mettront en œuvre.
L’Internet est ainsi un élément essentiel de l’avènement de ce que j’appelle le « capitalisme féminin » : un capitalisme qui ne nie pas le risque, mais le régule et l’équilibre ; un capitalisme qui fait du long terme, de l’intelligence et de la transmission du savoir ses priorités absolues.
Qu’on se le dise : avec l’Internet, les femmes prennent le pouvoir !
