Les réseaux, en particulier l’Internet, sont de fabuleux démultiplicateurs de croissance.
Lorsque nous parlons de croissance, nous faisons habituellement référence à la croissance économique. Et pour cause : Internet a un impact sur l’ensemble du tissu économique, grâce aux économies d’échelle et aux gains de temps qu’il permet de générer. Le numérique représente 40% des gains de productivité de l’Union Européenne. Les investissements dans le numérique auraient trois fois plus d’impact sur la productivité que les investissements hors numérique. Les effets sur l’emploi seraient également remarquables: 20 milliards d’euros investis dans les technologies d’information et de communication génèreraient quelques 800 000 emplois.
Au delà de son impact évident sur la croissance économique, j’ai acquis la conviction que la force de l’Internet réside surtout dans le rôle qu’il pourrait jouer dans la définition d’un nouveau modèle de croissance, une croissance au service de nos territoires.
L’Internet pourrait en effet bien réussir là où tous les plans d’aménagements du territoire mis en œuvre depuis des décennies ont échoué. Dans un pays centralisé autour de sa capitale tel que la France, et dans laquelle les campagnes sont progressivement désertées, la question se pose avec une très grande acuité.Tout repose cependant sur une condition majeure : rendre la fibre optique et d’une façon générale le « très haut débit » accessibles à tous. Pourquoi ? Parce que moins les débits représenteront un obstacle, plus les créateurs de contenus et d’applications auront les moyens de libérer leur créativité. En d’autres termes, il convient impérativement de régler la question des infrastructures et des débits avant d’envisager une croissance économique et sociétale de grande ampleur. Le grand emprunt 2010, en consacrant 2 milliards d’euros au développement du très haut débit en France, répond en partie à cette attente. Mais il faut aller plus loin ! Certains pays, à l’Instar de la Finlande, ont fait de l’accès à l’Internet à très haut débit un droit fondamental à l’horizon 2015.
Si j’insiste autant sur la nécessité de développer le très haut débit, c’est que l’Internet à très haut débit pour tous pourrait être l’élément déclencheur d’une nouvelle façon d’appréhender nos territoires.
Les réseaux numériques permettraient d’interconnecter campagnes, villes, banlieues et métropoles. Une ruralité moderne pourrait se développer, portée par des jeunes séduits par ce nouvel art de vivre. Une nouvelle organisation du travail, davantage basée sur le télétravail pourrait s’imposer. Le lien établi entre le salarié et son entreprise évoluerait sensiblement, tout comme le lien entre le citoyen et son administration. Les flux de migrations vers les villes pourraient être non seulement stoppés, mais vraisemblablement inversés. Les services publics retrouveraient une nouvelle légitimité économique dans ces régions désormais redynamisées. Certains hôpitaux de campagne pourraient rouvrir, en profitant des perspectives offertes par la télé-chirurgie...
Plus que jamais, croissance serait synonyme de progrès.
