Je suis souvent étonné par l’omniprésence dans notre actualité des indicateurs économiques de court terme : croissance du Produit Intérieur Brut (PIB), taux de chômage, inflation, indices boursiers. Chacun de ces indicateurs est publié de façon trimestrielle, mensuelle, voire en temps réel s’agissant des indices boursiers. Ils servent de base à l’élaboration de toutes les analyses et politiques économiques.
Il est un autre indicateur, beaucoup moins souvent pris en compte dans les analyses, et qui pourrait pourtant être le plus important d’entre tous à long terme : le taux de fécondité, c’est-à-dire le nombre moyen d’enfant par femme. Ce taux de fécondité, qui relève à priori davantage de la démographie que de l’économie, est pourtant précurseur de ce que sera l’économie de demain. Si l’on considère que c’est le travail qui est à l’origine de la création de valeur, il est aisé d’admettre que les richesses de demain dépendront en grande partie des ressources humaines qui seront alors disponibles.
L’étude de ce taux de fécondité est riche en enseignement. S’il révèle que les Etats-Unis assurent tout juste le renouvellement de leur population (2 enfants par femme en 2008), il dessine en revanche un constat accablant pour l’Europe, continent dans lequel le taux de natalité baisse de façon préoccupante. Le philosophe Raymond Aron ne disait-il pas déjà, en 1983, que les Européens étaient « en train de se suicider par la dénatalité » .
Le cas le plus éloquent est sans doute celui de l’Allemagne, première puissance économique du continent, et dont la population pourrait tout simplement disparaître à l’horizon de trois siècles, une broutille au regard de l’histoire. Ce crack démographique est donc autrement plus préoccupant que les différents cracks financiers que nous avons pu connaître. Et c’est pourtant l’un de ceux qui suscite le moins d’intérêt. Un pays tel que l’Allemagne, s’il veut continuer à exister dans les siècles à venir, n’aura donc que deux possibilités : Engager une politique active en faveur de la natalité. Beaucoup de choses ont été expérimentées en la matière, et les effets se sont révélés aléatoires. Ou alors recourir massivement à l’immigration, au risque pour le gouvernement allemand d’aller à l’encontre des désirs de son opinion publique.
Un pays européen devrait cependant résister à cet « hiver démographique ». Il s’agit de la France.
Avec une moyenne de 2,1 enfants par femme en 2008, le taux de fécondité y est de loin le plus élevé de l’Europe continentale. Plus de huit cent mille naissances ont été enregistrées en 2008, selon l’INSEE. En 2050, la France sera le pays Européen le plus peuplé. Il n’est dès lors pas interdit d’imaginer que son dynamisme économique dépasse celui de l’Allemagne, vieux pays dans lequel 40% de la population aura alors plus de soixante ans.
La France, qui a assuré ces cinquantes dernières années son développement démographique grâce à l’immigration, puis ensuite à la natalité, est de ce point de vue un exemple en Europe. Très souvent d’ailleurs, notre pays joue le rôle de précurseur sur bon nombre de sujets de société. J’expliquais plus haut le caractère sans doute trop peu représentatif des indicateurs de références, tels que le PIB ou l’inflation, tout en proposant de prendre davantage en compte la natalité, indicateur de long terme par excellence.
Signe des temps, le prix Nobel américain d’Economie Joseph Stiglitz, a remis ce mois de septembre à Nicolas Sarkozy un rapport sur les indicateurs économiques, dans lequel il recommande précisément d’intégrer davantage la notion de « bien-être » dans les statistiques nationales. Sur la base de se rapport, l'Insee s’est engagé à créer un "tableau de bord d'indicateurs" permettant de suivre "l'évolution du patrimoine collectif sous toutes ses formes: capital physique, humain, social ou environnemental". Voilà précisément un des signes réels et tangibles qui atteste de l’évolution de nos modes de pensées et de l’émergence d’un nouveau modèle capitaliste. Et ce même si certains peuvent encore considérer cette approche comme un « gadget ».
