Dans mon article « Crise du masculin », j’expliquais en quoi l’avènement d’un capitalisme reposant sur des valeurs féminines offrait au monde des perspectives de paix et progrès.
Dans son autobiographie intitulée « Vers un monde sans pauvreté », l’économiste Muhammad Yunus livre son expérience dans le micro-crédit, et explique de façon assez éloquente pourquoi il considère les femmes comme « l’arme la plus efficace contre la pauvreté ».
Quelques mots sur le microcrédit, tout d’abord.
Yunus explique s’être toujours refusé à faire l’aumône et à donner de l’argent à un mendiant, quant bien même serait-il dans le besoin. Il considère que le plus grand service que l’on puisse rendre à ce mendiant est de lui octroyer un prêt de quelques euros, ce qui a pour effet d’une part de préserver sa dignité et d’autre part de l’inciter à prendre en main son propre destin. Ce micro-crédit est consenti sans garantie et son remboursement s’effectue à la discrétion de l’emprunteur. Telle est la logique qui a animé Yunus, et qui a abouti à la création de la banque Grameen, entièrement dédiée au microcrédit, et qui emploie aujourd’hui 12000 personnes dans le monde.
Lorsque Yunus démarre son projet, dans les années 1970, il est confronté à une extrême réticence des organismes financiers, arguant que le fait d’octroyer un prêt sans garantie, et de surcroit à des pauvres, relevait de l’utopie.
30 ans plus tard, la banque Grameen a démontré que 99% de ses emprunteurs parvenaient à rembourser leur prêt, un taux de recouvrement à faire pâlir toutes les banques commerciales qui accordent pourtant des crédits avec de nombreuses garanties. Comment expliquer un tel succès ?
Lorsque l’on analyse de près le modèle de la Grameen, on découvre que la quasi-totalité des crédits sont consentis…à des femmes.
Le crédit, dit Yunus, lorsqu’il passe par des femmes, amène plus rapidement des changements que lorsqu’il passe par des hommes. Toujours selon Yunus, les hommes développent une hiérarchie des valeurs différente de celle de la femme : un homme à qui l’on consent un crédit et qui commence à générer des revenus a tendance à utiliser ces revenus d’abord pour lui-même, alors qu’une femme aura tendance à les affecter en priorité à ses enfants, puis à sa maison, puis enfin à la constitution de son outil de travail.
Les conséquences sociétales de ce qui précède sont extrêmement riches. Dans des pays où les femmes ne disposent souvent pas du droit de vote, ces micro-crédits leur permettent de se positionner comme le centre de gravité économique du foyer, en tenant les cordons de la bourse, et par là même s’affranchir du joug masculin.
Pour avoir inventé et développé un modèle de lutte contre la pauvreté organisé autour des femmes, Muhammad Yunus s’est vu décerné le prix Nobel de la Paix en 2006.
