La flambée actuelle des prix des matières premières est, nous le savons, la conséquence à la fois d’une crise de la demande (les pays émergeants voient leur consommation bondir de façon spectaculaire), et d’une crise de l’offre (les capacités de production sont limitées et les réserves naturelles tendent à baisser).
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce qui s’applique d’une manière très visible au pétrole s’applique également au fer, au zinc, au maïs, au blé, ainsi qu’à une multitude d’autres matières premières minérales et agricoles. C’est sans doute l’une des crises structurelles les plus complexes que le monde moderne aura à affronter.
Moins médiatisé mais tout aussi au cœur de notre modèle de civilisation, le papier subit lui aussi cette double crise de l’offre et de la demande.
Une crise de l’offre. Il se trouve que nous ne savons pas produire du papier autrement qu’avec du bois, or l’humanité a détruit ou gravement menacé en 30 ans plus de 80% de ses réserves. Certes, le recyclage permet de créer une offre supplémentaire. Mais il ne pourra à lui seul compenser le phénoménal bond de la demande qui s’annonce.
Une crise de la demande. Les trois quarts de l’Humanité n’utilisent pas encore le papier. Le développement de l’économie numérique devrait permettre de diminuer la consommation de papier journal. Il n’aura malheureusement aucun impact sur ce qui concentre l’essentiel de consommation de pâte à papier, à savoir le packaging. Or nul ne pourra empêcher les chinois, les indiens, et les autres, d’entrer dans l’air du marketing. Et quand l’on sait que la seule alternative au papier pour le packaging est le plastique, lui-même issu du pétrole, le raisonnement aboutit à une impasse.
Un arbre peu connu dans nos contrées pourrait bien nous aider à sortir de cette impasse. Il s’agit de l’Eucalyptus, aujourd’hui utilisé pour réaliser des chewing-gums ou des eaux de toilette.
L’eucalyptus a l’immense avantage d’atteindre sa taille définitive à l’âge de 7 ans, contre 40 ans pour les arbres utilisés par la Finlande et le Canada, pays qui concentrent l’essentiel de la production mondiale de pâte à papier. Il se montre parfaitement industrialisable et la qualité de sa pâte à papier est plus que correcte.
Utiliser l’eucalyptus pour créer de la pâte à papier ne sera pas sans effets géopolitiques. Les zones de production devront être délocalisées dans les pays tropicaux, en particulier au Brésil ou en Afrique. On peut imaginer l’impact que cela aura sur le développement économique de ces régions. Le Canada et la Finlande, pour lesquels la part de la production de bois dans le PIB varie de 12 à 15%, devront s’adapter.
L’eucalyptus pourrait donc être la vraie solution à un vrai sujet planétaire. Il est d’ailleurs étonnant que cette option n’ait pas été envisagée plus tôt.
