John Maynard Keynes, le célèbre économiste qui a inspiré toutes les politiques économiques depuis la crise de 1929, développait l’idée selon laquelle l’homme n’était animé que par une logique de court terme, car à long terme, disait-il, « nous serons tous morts ». Cette maxime s’est vérifiée dans les choix énergétiques qu’a opéré l’Homme ces dernières décennies. Aux énergies propres mais très onéreuses, l’Homme a privilégié les énergies fossiles, bien plus faciles d’accès et meilleur marché, mais périssables et nocives pour notre environnement.
Les deux chocs pétroliers des années 1970 ont à peine ébranlé ce système. Leurs origines politiques (Guerre du Kippour en 1973 puis Révolution Iranienne en 1979) faisaient d’eux des événements purement conjoncturels.
La crise actuelle n’est au contraire alimentée par aucun conflit politique. Elle trouve ses racines notamment dans le phénoménal bond de la demande dans les pays dits « BRIC » : Brésil, Russie, Inde, Chine. Ce nouveau choc pétrolier n’est donc pas, contrairement aux deux premiers, de nature conjoncturelle, mais revêt un aspect éminemment structurel. L’hypothèse d’un baril de pétrole à plus 200 dollars sur une longue période devient désormais une hypothèse plus que crédible.
Cet état de fait peut être vécu de façon très difficile, par les consommateurs que nous sommes pour lesquels l’automobile est devenue un moyen de transport incontournable, ainsi que par les professionnels dont l’activité dépend du prix de cette matière première : routiers, pêcheurs, taxis…
Seulement voilà, avec un baril à plus de 200 dollars, les énergies renouvelables tendent à devenir compétitives. Les projets d’usines marémotrices sont relancés. Les sociétés proposant des solutions éoliennes (basées sur le vent) ou photovoltaïques (basées sur l’énergie solaire) font flores. Même le géant automobile américain Général Motors planche désormais sur des voitures à hydrogène !
Parallèlement à cela, l’usage de l’automobile tend subtilement à diminuer, notamment dans les grandes villes. Les transports aériens continentaux sont lourdement menacés par le ferroviaire à grande vitesse.
Au fond, le baril de pétrole à 200 dollars est peut être une mauvaise nouvelle pour l’Homme, mais une exceptionnelle opportunité pour l’Humanité. Ce que la politique n’a pas réussi à faire en organisant moult sommets ou colloques (Kyoto, Rio…), l’économie tend à le réaliser ! Un baril de pétrole à 200 dollars, c’est la quasi garantie d’une chute spectaculaire des émissions de gaz à effets de serre ces prochaines année.
Car ce dont il s’agit ici, ce n’est pas moins qu’un changement de civilisation. L’échelle de Kardashev (du nom d’un astronome Russe) décrit qu’une civilisation s’évalue avant tout en fonction de la gestion de son approvisionnement énergétique, et dresse 4 niveaux potentiels :
- Civilisation de type 0 : Cette civilisation utilise les ressources intrinsèques de la planète (pétrole, charbon…), au risque d’épuiser ses ressources puis de s’autodétruire. C’est dans ce schéma que nous nous situons aujourd’hui.
- Civilisation de type 1 : Cette civilisation n’est plus autodestructrice et a appris à utiliser les énergies naturelles produites par la planète : vent, marées, tremblements de terre.
- Civilisation de type 2 : Cette civilisation est capable de puiser son énergie dans le soleil, son rayonnement, ainsi que les vents solaires.
- Civilisation de type 3 : Cette civilisation est en mesure de puiser son énergie dans le cosmos, notamment dans les rayons gammas et dans les trous noirs. Cela relève aujourd’hui, je vous le concède, de la science fiction.
Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est donc le passage d’une civilisation de type 0 à une civilisation de type 1. Une civilisation capable de nourrir durablement 12 milliards d’être humains. Cette transition sera difficile. Les villes vont devoir être repensées, les moyens de transports révolutionnés. Nos modes de vie vont devoir s’adapter. Des sacrifices seront consentis.
Il y a 8000 ans, l’Homme inventait l’agriculture. Il y a 200 ans, il mit en œuvre sa révolution industrielle. L’heure est maintenant venue pour lui d’inventer sa révolution énergétique.
L’Humanité pourra ainsi clore avec sagesse et sérénité le premier chapitre de son histoire.
