Les ouvriers de l’usine Renault-Dacia en Roumanie entament lundi leur 3ème semaine de grève. Au Vietnam, ce sont 20 000 salariés de l’usine Nike qui ont également cessé le travail. Les uns et les autres revendiquent des augmentations de salaire.
Ces mouvements sociaux, dont la portée est éminemment symbolique, révèlent une des failles du modèle capitaliste.
En délocalisant leurs usines dans les pays dits peu développés, les pays occidentaux étaient en effet animés par deux logiques :
Il s’agissait d’une part d’abaisser le coût de travail, en recourrant à une main d’œuvre à bon marché. De cette diminution du coût du travail découlait une diminution des coûts de fabrication, et donc du prix de vente final. Les délocalisations avaient donc une vertu déflationniste, et permettaient ainsi aux habitants des pays occidentaux d’allouer ce gain de pouvoir d’achat aux services et aux loisirs, et de contribuer ainsi à l’élévation de leur niveau de vie.
Parallèlement, cette présence de l’occident dans ces pays devait permettre d’y élever progressivement le niveau de vie, pour en faire plus tard nos premiers clients. L’exemple de la Chine est de ce point de vue le plus éloquent.
Ce dernier principe est des plus louables : le capitalisme n’a-t-il pas, au fond, comme objectif suprême de niveler les niveaux de vie par le haut ?
Il est acquis que les ouvriers Roumains de Renault ou les ouvriers de Nike au Vietnam, finiront par avoir gain de cause. Tel est le cours de l’histoire. Dans quelques décennies, il n’est pas illégitime de penser que Roumains, Vietnamiens, mais également tous les autres, à commencer par les Chinois, auront des salaires comparables à ceux des pays développés.
Nous le voyons : tout le modèle capitaliste s’est construit autour d’un contraste entre les pays riches et les pays pauvres. Les pays riches ont vu dans les pays pauvres une opportunité de produire à bon marché. Les pays pauvres ont vu dans le capitalisme une opportunité d’accéder au développement. Se pose alors la question suivante : Quelles seront alors les conséquences d’un modèle capitaliste dans lequel ce contraste entre les pays riches et les pays pauvres aura disparu ?
Deux scénarios sont envisageables :
Dans un premier cas, ces augmentations de salaires massives et universelles pourront augurer d’un monde d’abondance, d’opulence et de générosité. Karl Marx n’a-t-il pas annoncé que le capitalisme généralisé était une condition nécessaire à l’avènement du socialisme et d’une société basée sur la gratuité ? (voir mon billet « Et si Marx avait raison »)
Un tout autre scénario pourrait également se produire : l’augmentation des salaires dans ces « usines du monde » entraînera une augmentation des coûts de fabrication de produits tels que le textile, l’électronique, et se répercutera inévitablement sur le prix de vente final. A ce premier effet inflationniste, s’ajoutera un second effet inflationniste lié à une demande accrue. Or nous savons qu’un accroissement de la demande a pour effet, si l’offre ne croit pas de façon équivalente, d’augmenter notablement les prix. C’est ce que nous constatons depuis quelques mois sur le prix des matières premières.
De ces deux scénarios pourtant très opposés, nous pouvons pourtant identifier un point commun : ils se concluent tous les deux par la fin du modèle capitaliste. Dans le premier cas, le modèle disparaîtra avec les honneurs, en ayant accompli ce pour quoi il a été inventé : le bien être collectif. Dans le second cas, ils implosera purement et simplement, et imposera à l’Humanité de définir un nouveau modèle de pensée, pour le pire, comme pour le meilleur.