Nombreux sont ceux qui s’essaient à définir, souvent avec talent, l’Internet de demain, parfois abusivement affublé du suffixe « 3.0 ».
Je me décide à mon tour à me livrer à cet exercice de prospective en tentant non pas de définir l’Internet de demain, mais l’Internet d’après demain, que je nommerai plus loin «l’Internet absolu».
Un proverbe Sénégalais dit : « Si tu veux savoir où tu vas, retourne toi et regarde d’où tu viens ».
Revenons donc à la source même du mot « Internet ». Internet est une synthèse du terme anglosaxon « INTERconnexion of NETworks », c'est-à-dire «Interconnexion des réseaux». Mais de quels réseaux parle-t-on ? L’une des clés de l’Internet du futur se trouve sans doute ici.
Internet 0.0 : Interconnexion des réseaux militaires et universitaires
Les réseaux militaires Américain puis les réseaux universitaires sont les premiers à s’interconnecter, au milieu des années 1960. Parce que cet Internet est encore expérimental et inaccessible au grand public, nous le qualifions d’«Internet Bêta», ou Internet 0.0.
Internet 1.0 : Interconnexion des réseaux d’entreprises et de communication
Au milieu des années 1990, c’est au tour des réseaux d’entreprises et de communication de s’interconnecter. Le grand public découvre l’Internet. Chaque acteur de la Société (entreprises, associations, médias, hommes politiques, artistes) se doit d’y avoir sa vitrine, d’y publier du contenu. De plus en plus d’entreprises choisissent d’y vendre leurs produits. Cet Internet constitue la première strate de la gigantesque pyramide qui se bâtit. C’est l’Internet 1.0.
Internet 2.0 : Interconnexion des réseaux sociaux et humains
Depuis quelques années, un nouveau terme agite le microcosme de l’Internet mondial : c’est l’Internet 2.0
Et a juste titre ! Chacun d’entre nous est dorénavant en mesure d’être un acteur à part entière du monde dans lequel nous vivons. De nouveaux outils, tels que les blogs, y contribuent largement. Les communautés s’organisent, se fédèrent.
Cette interconnexion des réseaux sociaux et humains met l’Homme au centre de l’écosystème, concept qu’a brillamment exprimé le Time Magazine en décembre dernier en publiant sa retentissante une : « L’homme de l’année : c’est vous ! »
Et après ?
Après avoir interconnecté les réseaux militaires et éducatifs (Internet 0.0), les réseaux d’entreprises et de communication (Internet 1.0), puis enfin les réseaux sociaux et humains (Internet 2.0), quelles pourraient êtres les prochaines étapes ?
Il est un réseau autrement plus complexe que les réseaux que nous avons précédemment évoqués, un réseau que chacun d’entre nous connaît intimement sans l’avoir pour autant formalisé, et qui pourrait bien, s’il devait s’interconnecter à d’autres réseaux du même type, constituer un saut dans le développement de notre espèce.
Ce réseau, c’est le réseau neuronal que chacun porte en lui. Imaginez : Le monde compte 100 millions de sites Internet. Le système nerveux humain comprend 100 milliards de neurones. En conséquence, chaque homme et chaque femme porte en lui un réseau un million de fois plus complexe que tout l’Internet du monde réuni. Imaginez donc la puissance que pourrait dégager l’interconnexion de ces réseaux cellulaires !
Notre cerveau serait alors assimilé à un supra-serveur Internet, auquel il serait possible de se connecter. Le« propriétaire » de ce supra-serveur donnerait accès à un partage où seraient stockées les pensées ou connaissances qu’il aurait préalablement décidé de partager.
Les risques seraient alors immenses. Des virus pourraient s’y propager, des pirates chercheraient les portes dérobées pour accéder aux zones non partagées.
Dans le même temps, l’humanité connaîtrait un saut sans précédent. Le savoir deviendrait définitivement universel et l’intelligence définitivement collective.
La forme que prendrait cette interconnexion est, en l’état actuelle de nos connaissances, impossible à préciser. Suffira-t-il d’une puce électronique greffée en nous et reliée à une sorte de réseau sans fil infiniment plus précis que le wifi ? Cela passera-t-il par les micro-ondes ou encore par les ultra-sons à l’instar des dauphins ?
Quoi qu’il en soit, cette interconnexion des réseaux cellulaires consacrera l’aboutissement de l’Internet, aboutissement qui pourrait prendre le nom d’Internet ultime, ou « Internet Absolu ».
Entre temps, pour des raisons économiques et marketing, le marché inventera un « Internet 3.0 », puis un « Internet 4.0 », et créera autant de suffixes qu’il sera nécessaire pour prolonger ce fabuleux mouvement.
Au fond, la question n’est pas de savoir si l’avènement de cet « Internet Absolu » aura lieu ou pas. La question est de savoir quand et comment il se produira.

